JOE BONAMASSA: Live at The Greek Theater (2016)

Titles:

CD1 :
01. See See Baby
02. Some Other Day, Some Other Time
03. Lonesome Whistle Blues
04. Sittin' On The Boat Dock
05. You've Got To Love Her With A Feeling
06. Going Down
07. I'll Play The Blues For You
08. I Get Evil
09. Breaking Up Somebody's Home
10. Angel Of Mercy
11. Cadillac Assembly Line

CD2 :

01. Oh, Pretty Woman
02. Let The Good Times Roll
03. Never Make Your Move Too Soon
04. Ole Time Religion
05. Nobody Loves Me But My Mother
06. Boogie Woogie Woman
07. Hummingbird
08. Hide Away
09. Born Under A Bad Sign
10. The Thrill Is Gone
11.
Riding With The Kings (studio track)

Le guitariste bionique sort un nouvel enregistrement en public, témoignage d’un concert organisé pour rendre hommage aux trois « Kings » du blues (B.B., Albert et Freddie). Ce show a été décliné en différentes versions (double CD, DVD, double cd plus DVD, quadruple vinyle, etc…) et comporte vingt deux titres au total. De quoi transformer cette double galette en plat de résistance gargantuesque, voire indigeste. Pour l’occasion, Joe Bonamassa s’est entouré d’une dizaine de musiciens dont Reese Wynans aux claviers (qui avait accompagné Stevie Ray Vaughan). Bien sûr, son intention est très louable : faire découvrir aux jeunes générations l’influence majeure et l’immense talent de ces trois artistes incomparables. Et ça marche ! On s’y croirait presque ! Les solos que lâche Mister Bonamassa sont précis, ciselés, méthodiques, débordants de virtuosité et bien dans le style de chacun des trois grands guitaristes. Pratiquement à la note près. Bravo ! Malheureusement, il manque le frisson que l’on ressentait en écoutant ces trois géants du blues. Le jeu de guitare de Joe Bonamassa manque de chaleur et de contraste. Pas une note plus haute que l’autre. Notre homme joue de façon trop mécanique, trop clean, trop claire, trop propre. Et même quand il essaie de jouer « crade », il n’y arrive pas. « Play dirty ! », hurlait le regretté Lee Brilleaux, « frontman » chez Doctor Feelgood. Quelques exemples en vrac. Il n’y a pas assez d’attaque dans le solo de « You’ve got to love her with a feeling ». Le solo de « Going Down » est époustouflant mais manque cruellement de rugosité. La version de « Oh, Pretty Woman » semble bien fade comparée à la chanson originale ou à la reprise bien plus personnelle de Gary Moore (sur son album « Still got the blues » paru en 1990). Le solo de « Ole Time Religion » est superbe mais trop propre et dénué de réel feeling, un comble pour un morceau au style gospel. Passer en revue ces vingt deux titres équivaudrait à se choper une migraine d’enfer ou à se ruiner en litrons de gnôle pour tenir le choc. Cependant, on peut se faire une petite idée en écoutant attentivement les trois titres phares de chacun des trois « Kings » du Blues, savamment envoyés en fin de set. « Hideaway » de Freddie King. Qu’est devenue la hargne de Freddie ? Jeff Healey avait pourtant bien repris ce morceau de façon magistrale sans l’aide de dix musicos. « Born Under A Bad Sign » d’Albert King. Où se cache la pogne d’Albert et son attaque si autoritaire? Pas un gramme d’agressivité. Et jouer sur la propre guitare du Maître (prêtée par son heureux propriétaire, Steven Seagal lui-même, homme de goût qui apprécie la bonne musique) ne change rien à l’affaire. « The Thrill Is Gone » de B.B. King. Où est donc passée toute la finesse et la subtilité du jeu de B.B. ? Partie avec lui, par delà les étoiles. Ce qui peut passer en concert, devant une foule excitée, ça ne pardonne pas sur disque. En fait, Joe Bonamassa n’aurait pas dû enregistrer ce show. Il aurait dû se contenter de jouer à guichets fermés (comme à chacune de ses prestations) et d’empocher la recette pour en faire ce qu’il voulait (s’acheter un nouveau costard ou une autre gratte de collection, ou bien faire un don au musée du blues). Á quoi bon sortir un double CD composé uniquement de reprises exécutées sans passion ? Il vaut mieux réécouter les vieux albums des trois géants. Le pire, c’est que Joe Bonamassa est sincère. Il adore le blues. Il possède une technique incroyable mais manque malheureusement de sensibilité. Il aurait sans doute fait un malheur en tant que requin de studio. Un solo à la Muddy Waters par ici, une phrase à la John Lee Hooker par là. Ah, vous voulez une pointe de Johnny Winter ? Pas de problème. L’ordinateur se met en route et vous recrache ça dans un instant. Et avec ça ? Un peu de glaçons ou un zeste de citron ? C’est d’ailleurs plus ou moins ce qu’il fait quand il accompagne la chanteuse Beth Hart. « The Thrill Is Gone », chantait notre bon vieux B.B. King. Oui, avec Joe Bonamassa, on a l’impression que le frisson du blues s’est bel et bien envolé. Mais, après tout, si tout ce cirque peut amener quelques jeunes gens à écouter ou à jouer cette musique, pourquoi pas ? Comme le dit si bien le populaire dicton, « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».

Olivier Aubry